buron en montagne079

L'appel de la montagne...

C’est une certitude : bientôt, je gravirai à nouveau nos Monts d’Auvergne, entre pierres grises, gentianes squelettiques et terres brunes ! Le vent effacera probablement l’empreinte lourde laissée dans la poussière des sentiers par les semelles de mes chaussures. Fidèle à ses habitudes, la montagne gardera ses mystères.

Pourtant, une fois encore, j’irai et je m’interrogerai. Comment évoquer ces hauteurs d’ici qui sont, ni vraiment des mamelons, ni vraiment des aiguilles ? Comment décrire leurs lignes, entre verticalité et inclinaison, entre douce rondeur et fausse concavité ? Comment chanter la lumière changeante qui les caresse et descend peu à peu suivant la course du soleil vers les vallées profondes ? Comment parler des villages, ces lambeaux de vie accrochés au plus profond des basaltes, dans lesquels les hommes et les femmes s’engagent pour leur devenir ?

 Chaque sommet continuera à dresser sa lourde silhouette après mon départ. Toutefois, le moment du retour reviendra, porteur de promesses qui gommeront sans peine les efforts faits pour rejoindre les cimes. Je soustrairai de ma nostalgie quelques arpèges de désespoir pour grimper vers l’altitude avec la sensation d’étreindre des moments inoubliables. Du haut de ces montagnes, je reverrai avec nostalgie les vastes plaines, leurs champs et leurs prairies où ronronnent les tracteurs. Je me tournerai légèrement. Mon regard fuira vers d’autres horizons. Encore un demi-tour et voici les bois clairsemés de mélèzes et les forêts de fayards qui me tendront les bras.

Lorsque l’envie m’en prendra, je filerai vers quelque col. L’appel d’autres promenades me fera redescendre vers les stations de ski en attente de neige. J’éviterai la foule puis glisserai à travers le silence des sapinières. Soudain je penserai qu’il existe des endroits magiques où il faut laisser filer ses inquiétudes pour mieux entendre les crissements des dernières gelées. Marcher. Marcher encore.

Une crête me fera signe. Je retrouverai le début de l’été avec ses aspérules odorantes, ses digitales jaunes et ses timides androsaces carnées. Je me gaverai de panoramas fastueux. Les puys des alentours moutonneront comme pour calmer l’ardeur des pics plus pointus. Je m’imaginerai les derniers burons et les vaches éparpillées comme des confettis au cœur des pâturages. L’espace d’un instant, je me croirai le roi du monde, un Léonardo Di Caprio de passage.

Il me faudra dévaler des pentes puis franchir d’autres cols, d’autres brèches, d’autres vallées. J’emprunterai des routes au corps de couleuvre. Je m’armerai de patience. Et puis l’apothéose paysagère surviendra. Devant moi, le plus haut des sommets dressera sa pyramide érodée. Il m’invitera à gravir son échine. La récompense suprême m’attendra en sa culminance.

Parfois, il n’existe pas de mots pour dire la beauté. Dans l’air frais qui caressera mon visage ébahi, le piton rocheux s’offrira comme un cadeau ultime. Il me forcera à baisser les yeux pour me montrer les vallées glacières rayonnant autour de lui. Je n’aurai plus qu’à m’extasier.

Le présent cèdera alors au mirage de cette euphorie. Je serai aveuglé. Je m’abandonnerai à la dérive de mes sentiments. Au Panthéon de mon cœur, tous les massifs d’ici se draperont de jaune, d’orangé et d’ocre pour s’unir mieux.

C’est une certitude : bientôt, je gravirai à nouveau nos monts d’Auvergne ; enivré d’espace, d’horizons lointains et d’herbes rases.

Daniel Brugès

 

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