louvre

Les mots du confinement...

Des mots qui d’un coup nous submergent, traversent nos mémoires, remplissent notre quotidien.
Des mots qu’on connaissait, ou pas, qu’on avait oubliés, qu’on croyait perdus.
Des mots pour traduire l’innommable, l’impensable, l’insoutenable, l’inhumain.
Des mots pour espérer, tenir, réfléchir, inventer, se reconstruire.
Des mots pour remplacer ce lien social qui nous manque tant.

 

A comme…

Absence : la terrible absence de ceux qu’on aime, qui éloignés ou près ne sont plus là, à côté de nous. Impossible de les toucher même si les communications modernes nous permettent de les entendre et parfois de les voir mais cette image floue derrière l’écran, cette voix tendue, distante et éthérée ne peuvent remplacer la douceur d’une joue d’enfant, la fraicheur d’un baiser, la chaleur d’une main, la connivence d’un sourire échangé ou la tendresse d’un regard. L’absence c’est être séparé de ceux qu’on aime et cette séparation même transitoire est douloureuse car on a tous besoin de voir d’autres hommes pour échanger des idées, des mots, des choses, des sentiments. On ne peut pas réduire les besoins humains au fait de survivre.

Angoisse et anxiété : deux sœurs qui se font les alliées du silence. Une peur insidieuse qui vient d’une sensation de perte de contrôle comme un étau invisible qui nous enserre. Avec elles nous oublions même notre faculté critique car, par bien des aspects, nous sommes incapables de penser ce qui nous arrive. On ne sait plus ce qu’on attend, les jours se suivent, on avance comme un funambule pas à pas sans imaginer ce qu’il y aura au bout de la corde. Nous sommes angoissés par cette période parce que nous recevons plein d’informations sans connaître pour autant la fin de l’histoire.

Mais aussi… Aide-soignant, Attestation, Amende, Anticorps, Applaudissements (des soignants), Apéritif virtuel…

B comme…

Bise : s’embrasser pour se saluer, un rituel quotidien tellement français pratiqué aussi bien en famille, au bureau que dans la rue, même si on ne se connait pas spécialement. Un petit geste d’affection, de congratulation ou de courtoisie, effectué sur la joue, droite ou gauche selon les régions, une seule fois dans le Finistère, deux dans la plupart des départements, trois comme dans le Sud-Est et le Cantal, quatre pour les plus généreux comme la Haute Marne. Un geste anti-hygiène auquel on doit maintenant renoncer et qui pourrait bien disparaitre sous l’influence des nouvelles règles sanitaires. Un geste qu’on remplace par des likes, des cœurs, des pouces en l’air, un geste d’avant, un geste du temps de l’insouciance que certains auront peut-être envie un jour de redécouvrir.

Barrière : un mot qui sonne dur pour évoquer la fermeture, l’isolement, le repli mais aussi l’enclos, la protection. « La victoire en chantant nous ouvre la barrière » dit le célèbre Chant du Départ mais la peur et l’irrationnel la referment bien vite avec leut cortège d’interdictions et de restrictions. Cette fois on redécouvre ce mot accolé à celui de gestes, les fameux « gestes barrières » ressassés par les autorités et les médias comme autant de talismans auxquels il faut se raccrocher. Des gestes de bon sens pour se prémunir et préserver les autres, des gestes qu’on oubliait parfois mais qui feront partie désormais de nos automatismes.

Mais aussi… Brancardier, Bilan, Bourse, Bouteille (d’oxygène)…

C comme…

Coronavirus : difficile de le prononcer sans frémir, il commence comme une marque de bière et finit comme un couperet. Un mot repoussoir qui transporte son cortège de bouleversements, de peurs, d’incrédulités, de fantasmes et de malheurs. Un mot scientifique pourtant qui signifie que cette famille de virus observée au microscope possède un aspect en forme de couronne. Un mot contagieux, un mot mutant, un mot qui engendre le malaise, qui va conditionner désormais toutes nos vies, nous rendre plus prudents, plus humbles et plus solidaires. Un mot qu’on aurait aimé ne jamais connaître.

Confinement : l’idée dominante est celle d’une délimitation autour d’un espace restreint, s’enfermer étroitement en un lieu. Bien sûr, il y a les experts comme les moines ou les astronautes mais pour la plupart ce mot est le geôlier de nos libertés qui entrave notre besoin profond de sociabilité. Le confinement ce n’est pas seulement l’attente c’est aussi un apprentissage, il faut habiter le temps, trouver une discipline, rythmer sa journée, concevoir autrement les contacts humains à travers le téléphone ou les réseaux sociaux. Ce retrait obligé du monde peut aussi être porteur d’espoir, c’est l’occasion de faire autrement, de repenser à ses priorités de vie, de se poser les bonnes questions, « qu’est-ce que je ne fais pas d’habitude et que je peux faire à présent ?  Ce mot enfin ne se promène pas tout seul, derrière lui l’objectif de sauver des vies est une motivation qui dépasse nos propres difficultés et nous permet de mieux l’accepter.

Mais aussi …Contagion, Crise, Cas, Contact, Cluster, Civisme, Couvre-feu, Conspiration…

D comme…

Décès : un mot court, sec, définitif qui laisse un goût amer à celui qui le prononce et foudroie ceux qui l’entendent. Avec l’épidémie ce mot qu’on prononçait autrefois dans un souffle dans le respect et l’intimité des familles se trouve propulsé brusquement sur le devant de la scène et revient comme un leitmotiv funèbre à chaque flash d’information. Il est le centre de l’insupportable litanie journalière qui recense, compte, additionne, compare, extrapole. Aucune acceptation n’est possible, le nombre tétanise, sidère, renvoie à nos propres peurs, nous recroqueville. Derrière son anonymat se cachent tant de femmes et d’hommes aux personnalités diverses. Honorer et se souvenir de chacune est le seul combat qui nous reste.

Distanciation sociale : Ce concept pris isolément fait référence à une technique de théâtre du dramaturge allemand Bertolt Brecht qui consiste à prendre du recul. On le met en avant aujourd’hui pour enrayer la propagation du virus en imposant une distance de sécurité d’au moins un mètre entre les êtres humains. Grâce à lui tout ce qu’on tenait pour acquis il y a quelques jours seulement devient menaçant, une accolade, une poignée de main, une discussion, une file d’attente. Distanciation physique serait plus exact, moins péjoratif car cette mesure de protection n’est pas pour autant un rejet des relations humaines. Au contraire, c’est plus que jamais le temps de tendre la main virtuellement, de garder le lien, de reprendre l’habitude de téléphoner, de rester connectés, de s’intéresser aux autres, surtout les plus seuls, les plus isolés, les plus vulnérables. Cette formule doit s’accompagner d’une solidarité sociale hors du commun pour traverser ensemble la crise dans laquelle nous sommes plongés.

Mais aussi …Diagnostiquer, Décompte, Déclaration, Digue, Déplacement, Désinfection…

E comme…

Ecran : impossible d’y échapper en période de confinement. Télétravail, cours à distance, jeux, tutos de sport, pages Facebook ou Instagram, blogs, vidéoconférence…ils sont partout même dans les maisons de retraite. Outil privilégié pour rester en contact avec l’extérieur il ne doit pas pour autant devenir l’unique moyen de communication. Pas facile de s’en décrocher, d’éviter les excès, les surdoses et pourtant il est essentiel de pratiquer d’autres activités ou inactivités. Entre écran de travail, écran de loisir, écran solitaire et écran partagé cette hyperconsommation est aussi le moyen de réaliser que le problème n’est pas tant celui du temps d’écran que la façon de l’utiliser. Pour autant le lien virtuel ne remplacera jamais le lien humain et social, en cela la crise est sûrement une occasion unique de construire, resserrer et repenser nos rapports aux autres.

Espoir : un mot doux, grave, chaud qui fait battre plus fort les cœurs et briller les paupières. Un mot qui console, qu’on prononce en secret en fermant les poings. L’espoir c’est une perspective, un souhait, la porte qui s’ouvre vers un monde meilleur, il est déjà dans l’après, le recommencement, la guérison. Pour le philosophe Alain, l’Espoir est naturel, tout vivant croit que la vie triomphera, sans cela il mourrait tout de suite. L’Espoir c’est plus que l’attente c’est la croyance en des jours meilleurs, il repose autant sur l’intuition, la force de la volonté, l’imagination, le rêve que sur les données scientifiques. C’est un mot qui nous permet de tenir, un mot lumineux qui éclaire le sous-bois.

Mais aussi … Endiguer, Enregistrer, Epidémie, Evolution, Epicentre, Embrassades, Evacuation…

F comme…

Foyer : on pense d’abord au lieu où on habite, l’endroit où vivent les membres d’une même famille, un univers paisible qui devrait nous protéger comme un cocon de douceur. Si le retour au foyer est souvent synonyme de retrouvailles, d’émotions, de balancements d’enfance et de douce nostalgie il peut s’avérer pesant, difficile et même insupportable en période de confinement. En ces temps d’épidémie, le foyer c’est aussi l’endroit où le feu se déclare, où il est le plus ardent et d’où il se propage, le lieu où se concentrent les premiers cas de personnes contaminées, une menace qu’il faut fuir, circonscrire, empêcher de s’étendre. Les spécialistes parleront de cluster pour désigner ces points sur la carte, rouges comme le sang ou noirs comme la mort. En désignant aussi la partie du corps atteinte par la maladie, « le foyer pulmonaire » ce mot à lui seul permet de refermer la terrible boucle du coronavirus.

Fragile : on l’associe souvent à vulnérable pour protéger ceux qu’on aime, les plus âgés les plus faibles, les plus délicats, ceux qui manquent de résistance, de solidité. Ce mot porte en lui une idée de tendresse, de meurtrissure, il nous aide à prendre conscience de la valeur des autres, tous ces gens qui pourraient disparaitre mais qui sont encore là, qui nous rendent brusquement responsables de leur avenir. Fragile ne veut pas dire brisé, fragile c’est aussi une espérance.

Mais aussi…Fermeture (des écoles, des commerces…), Frontière, Famille, Frein, Filtre…

G comme…

Guérison : un mot qu’on attend, qu’on espère, un mot rond qui sonne la fin du cauchemar, la dissipation des angoisses et le retour à la normalité. Un mot d’apaisement qu’on prononce avec prudence presque du bout des lèvres pour ne pas conjurer le mauvais sort. Un mot auquel on se raccroche dans la litanie des annonces et des bilans journaliers pour supputer nos chances. La joie se met un peu en sourdine quand on l’associe à « processus », on entre alors dans un temps plus long ponctué de rechutes et de doutes. Même si les chiffres précis ne pourront être connus qu'une fois l'épidémie jugulée et stoppée savoir que les guérisons sont nombreuses est une lumière qui réconforte et console.

Gestion : jamais on n’a autant utilisé ce mot simple, bref et terne qu’en ces temps de pandémie. Si ses domaines réservés sont d’habitude l’administration de l’Etat, les affaires, les entreprises ou à la comptabilité, la crise l’a propulsé au-devant de la scène. Partout il n’est question que de gestion : interrogations récurrentes sur le manque d’équipements essentiels, usage controversé de l’utilisation ou non de certains médicaments, appréciation des discours martiaux ou critique d’une communication erratique, confinement trop tardif ou trop long,  stratégie de dépistage, plan de relance, mise en place de plans blanc, bleu ou militaire, rappel de la réserve sanitaire, graduation des décisions, recommandations des scientifiques, mesures d’urgence et même commission d’enquête pour tirer les leçons de la pandémie. Ce mot est devenu le rouage essentiel d’une situation de crise dont l’issue dépendra de son efficacité.

Mais aussi…. Grippe, Gel (hydroalcoolique), Gant…

H comme…

Hôpital : un mot qui se veut rassurant, un lieu pour soigner, pour guérir. Un mot pourtant qui concentre toutes les polémiques et toutes les difficultés. Pilier de notre système de santé mis à mal par les restrictions imposées au fil du temps par les pouvoirs publics, l’Hôpital manque de tout : moyens, lits, appareils, personnels et même considération. C’est pourtant là que va se jouer la lutte contre l’épidémie. Brusquement transformé en nerf de la guerre on le redécouvre, on l’acclame, on lui promet une refonte de son mode de financement et une correction des carences. Il ne faudra pas l’oublier car si l’Hôpital résiste et traverse cette épreuve c’est grâce à la vocation admirable de cette armée de femmes et d’hommes qui ne comptent pas leurs heures pour gagner la bataille.

Humanité : un mot féminin tout en rondeur qui renferme ce qu’il y a de meilleur en nous, bonté et bienveillance. C’est dans les grandes périodes difficiles, guerre ou épidémie, que ce mot se révèle pleinement. Comme on l’aime ce mot et comme il prend toute sa place dans les petits gestes du quotidien, solidarité entre voisins, applaudissements pour les soignants, blogs communautaires, plateforme d’aides, offres de logements près des hôpitaux, distribution gratuite de repas… partout les initiatives fleurissent et nous rendent plus forts. L’Humanité ce n’est pas seulement des gestes c’est aussi le sentiment galvanisant d’appartenir à une même communauté.

Mais aussi…Hypothèse, Hydroxichloroquine, Hexagone, Humilité…

I comme…

Immunité : mot magique en ces temps d’épidémie qui signifie résistance, protection, abri. Elle peut être naturelle, certains individus sont préservés de la maladie en raison de leur constitution qui fera barrage au virus. Elle est artificielle quand il existe un vaccin. Elle est acquise pour les personnes contaminées qui ont surmonté une première infection. On parle alors de mémoire immunitaire mais avec le coronavirus la durée de celle-ci reste imprécise. On découvre enfin qu’elle peut être collective si on laisse circuler l'agent infectieux jusqu'à ce qu'un certain pourcentage de la population tombe malade et développe ensuite des anticorps, pari risqué en vies humaines.

Interdiction : en voilà un mot impérieux qui sonne strident à nos oreilles, difficile de le prononcer sans rechigner, on voudrait tout de suite se tenir à distance, reculer d’un pas alors qu’on sait très bien qu’on finira par s’y conformer. C’est en fait le mot suivant, celui qui le précise qui nous rebute le plus. Interdiction de sortir, d’embrasser, de serrer la main, de voyager, de se réunir, de vivre comme avant en somme. N’oublions pas cependant que c’est aussi un faux méchant car il sert à nous protéger, des autres et surtout de nous-mêmes.

Mais aussi…Infirmière, Infirmier, Infection, Isolement, Inédit…

J comme…

Journal : c’est le carnet intime du confinement pour ceux qui vivent dans les mots, la page de l’écolier qui s’applique à suivre plus ou moins vaillamment les consignes parfois obscures du maitre, le quotidien qu’on attend impatiemment en guettant le facteur et qui se fait de moins en moins présent dans les boites aux lettres, du jamais vu ! ce sont toutes ces émissions de radio et  de télévision où présentateurs, professeurs et éminents spécialistes se disputent  la parole, se répètent, se confrontent, se contredisent. Sans lui, on serait coupé du monde. Ecouté en continu il nous rend fou mais ce mot même structure notre quotidien et nous permet d’avancer.

Jargon : une langue artificielle, presque secrète, un code particulier qui se réfère à un lexique professionnel, spécialisé, difficilement compréhensible pour les non-initiés. Que de jargons dans cette crise ! Médical, économique, diplomatique, politique ou scientifique il sert souvent de paravent pour cacher la vérité, l’altérer, la rendre moins insupportable. Affecté, convenu, obscur ou hermétique le grand public peut parfois curieusement se l’approprier comme le montre la singulière histoire de la Chloroquine.

Mais aussi… Journée, Journaliste, Jeunesse, Juste…

K comme

Kilomètre : tout le monde sait ou croit savoir ce qu’est un kilomètre mais comment le mesurer avec précision quand le confinement n’autorise plus les déplacements brefs que dans un rayon maximal d’un kilomètre autour de son domicile. Dès lors cette distance prend une allure mythique, on voudrait repousser la borne, tricher, calculer à vol d’oiseau pour élargir un peu notre périmètre d’action. Brusquement notre univers se rapetisse, nous ne sommes plus qu’un tout petit point sur la carte.

Kit : une syllabe unique, une énergie à revendre dans ce petit mot qui regroupe souvent tout un ensemble de fournitures hétéroclites. Un terme qui accompagne l’épidémie et se reproduit à l’excès. Il y a bien sûr celui de protection pour les professionnels avec masques, lunettes combinaisons imperméables, gants et sacs poubelle, suivi par celui du dépistage avec des tests déclinés par plusieurs laboratoires. On trouve aussi le kit de communication avec les affiches reprenant les gestes barrières et les vidéos pour écran d’accueil et celui des solidarités entre voisins avec panneaux, annuaires et tracts. Certains indispensables, insuffisants et même en rupture alors que d’autres feront davantage figures de gadgets mais après tout le kit prévoit et c’est l’essentiel !

Mais aussi… Krach…

L comme…

Lit :  un mot si petit qui renferme tant de choses. C’est l’endroit où on se couche : repos, ébats amoureux, sommeil, rêves, oreillers moelleux ou draps trop rêches nous viennent à l’esprit. Avec l’épidémie on ne pense plus qu’au Lit d’hôpital et surtout à celui de réanimation qui va gommer tous les autres. On les cherche, on les compte, on les aménage, on les équipe, on les bouge, on les échange et il en manque… toujours et toujours…aussi cruellement. Ce Lit indispensable pour ne pas devenir Lit de mort sera la principale préoccupation des soignants, une angoisse permanente : en avoir assez pour tenir.

Laver : deux syllabes aussi courtes que puissantes pour rendre la chose essentielle. Laver pour être plus propre, plus neuf, plus net, frotter pour se débarrasser des impuretés, savonner pour éradiquer le virus. La forme pronominale renforce encore le rite, on se lave les mains l’une contre l’autre, les doigts entrelacés pour conjurer le mauvais sort, aucun centimètre de peau ne doit être oublié. C’est devenu une prescription incontournable, un leitmotiv sans cesse rabâché, le plus important peut-être des gestes barrières censés nous protéger.

Mais aussi…Larmes, Licenciements, Laboratoires, Logistique, Ligne (1ère, 2ème, 3ème), Lendemain…

M comme…

Maladie : un mot qui d’emblée sonne grave avec la cadence sourde des a renouvelés et qui finit avec un petit cri d’espoir exprimé par le i. C’est cela la Maladie une altération de la santé, une épreuve dont le temps vient toujours à bout d’une manière ou d’une autre, guérison, mort ou oubli. Qu’elle soit bénigne, légère, passagère, allergique, grave, mauvaise, rebelle, redoutable, terrible, affreuse, cruelle ou pénible, il n’y a jamais de bonne Maladie. La Maladie du Coronavirus sera peut-être la Maladie du siècle, celle de la mondialisation, d’un monde ancien, en tout cas on ne l’oubliera pas, il y aura désormais un avant et un après Corona.

Masque : ce n’est pas celui du carnaval ou le domino des fêtes galantes dont on parle ici mais bien le masque de protection des personnels soignants qui en période d’épidémie devient indispensable à tout un chacun. C’est l’arme de guerre contre le virus, une arme qui a fait cruellement défaut. On en manque, on les attend, on en commande, on les espère, on en fabrique, on en donne, on en vole, on en bricole, on les compte et les recompte, on les distribue au compte-goutte ou pas… L’affaire des masques devient une affaire d’état, ce mot est peut-être celui qui symbolise le mieux cette tragédie.

Mais aussi …Médecin, Mesures, Mort, Mobilisation, Mouchoir, Médicament, Monde d’après…

N comme…

Négatif : ce mot qui dans le langage courant désigne quelque chose de plutôt défavorable ou désavantageux prend des galons avec la pandémie. Brusquement tout le monde aimerait être Négatif car dans le sens médical du terme cela signifie qu’on n’a pas observé le phénomène que l’on recherchait, si le résultat du test est Négatif cela signifie que la personne n’a pas contracté le virus. Dès lors « Négatif » pendant toute cette période sera associé à son nouvel ami « Soulagement ».

Nombre : C’est la quantité chaque jour chiffrée, qui varie, qui se cumule et qui effraie. On y associe toujours un autre mot : cas, morts, guérisons, personnes en réanimation. On fait des statistiques, on se projette. Le Nombre est partout, obsédant, on guette sa tendance pour réprimer nos frayeurs ou nos espérances, pour contrôler nos craintes et nos transports. Le Nombre peut paradoxalement perdre sa précision quand on parle d’un ensemble : « le Nombre des soignants, le Nombre d’élèves devant leurs écrans », il redevient alors presque acceptable.

Mais aussi…Nourriture, Nasal, News, National…

O comme…

Oxygène : en voilà un mot difficile à prononcer ! on butte sur le « x » on glisse sur le « y », on se rattrape contre le « g », et pourtant c’est un vrai ami celui-là, plein de fraicheur et de vie. Indispensable pour lutter contre les affections pulmonaires liées au virus, pour les anesthésies et les ventilations artificielles. L’Oxygène ce n’est pas seulement un gaz c’est aussi une atmosphère, n’en fait-on pas des cures pour se revigorer ? de ce point de vue grâce à la diminution de la pollution liée au confinement le ballon d’Oxygène sera de meilleure qualité.

Ordonnance : le premier sens auquel on pense c’est celui de la prescription médicale, mais l’ordonnance c’est aussi un texte pris par le gouvernement en période d’urgence sanitaire et plus généralement l’ensemble des dispositions mises en œuvre pour enrayer la crise. Un mot impérieux, presque militaire qui laisse peu de place à l’imagination et au vagabondage. Un mot qui encadre, qui soumet. On délivre des ordonnances mais se faisant on ferme aussi un peu les libertés.

Mais aussi...Officiel, Organisation, OMS (Organisation Mondiale de la Santé) …

P comme…

Pandémie : un mot qui commence bien mal, comme un coup de fusil, et l’histoire montre qu’on a bien raison de s’en méfier. C’est une épidémie qui s’étend à la quasi-totalité de la population. La Pandémie se veut globale, rapide, incontrôlable, virulente là où l’épidémie, même forte reste dans une zone géographique localisée. La différence entre elles vient donc plus d’un ordre de grandeur que de gravité. Ce terme rappelle tout de suite les grandes catastrophes. On pense à la peste, au VIH, à la grippe espagnole. On parlera par contre d’épidémie pour Ebola, plus localisée. Ce mot s’accompagne toujours de mesures urgentes et agressives comme le confinement.

Pénurie : c’est le manque total ou presque de quelque chose de nécessaire et quoi de plus utile en période de crise sanitaire que le matériel médical. Les masques, bien sûr mais aussi les respirateurs, les lits de réanimation et même les pousse-seringues… Ce mot résonne comme un reproche, il recouvre carence, insuffisance, manque, défaut. C’est un mot qui fait honte. C’est aussi un mot qui nous échappe, sa crainte amène les consommateurs à se ruer sur les produits dits de première nécessité pour se constituer des stocks, une attitude à la fois excusable et dangereuse qui peut créer elle-même la Pénurie.

Mais aussi... Patient, Positif, Pneumonie, Pic, Protection, Propagation, Prolongement…

Q comme…

Quarantaine : c’est la durée de l’isolement imposée aux personnes atteintes par une maladie contagieuse ou susceptibles de l’être. On maintient, on place, on retient, on soumet en quarantaine et ce mot si long en bouche convient bien à cette période d’exclusion remplie à la fois d’attente, de crainte et d’espoir. Quarante, c’est un chiffre symbole pour la religion catholique avec les 40 jours du carême, Au Moyen Âge, il y eut aussi la "quarantaine-le-roi", sous les rois Philippe Auguste et Saint Louis, qui interdisait à un seigneur offensé de se venger avant que cette période de quarante jours ne soit écoulée. C’est encore la durée des « relevailles », convalescence de 40 jours post-accouchement. C’est à partir du XVIIe siècle que la locution prendra vraiment son sens sanitaire, en particulier pour les bateaux. Si le terme est resté, la durée des quarantaines médicales, rapidement devenue variable, est généralement plus courte. Pour le Coronavirus il serait plus exact d’utiliser « quatorzaine ».

Quand : ce petit adverbe tout simple interroge sur le moment (passé, présent ou à venir) où se situe une action ou un état. A quel moment allons-nous sortir de cette crise ? A partir de quel mois en verrons-nous la fin ? On va vite oublier qu’il peut aussi signifier « jamais dans le futur » comme dans l’expression « quand les poules auront des dents ». On lui préférera la locution « n’importe quand » c’est à dire le plus vite possible. Ce mot résume toutes nos attentes, nos alarmes et nos appréhensions.

Mais aussi…  Questions…et elles sont bien nombreuses.

R comme…

Réanimation : il fait partie du langage hospitalier mais il appartient aussi au langage du cœur. Réanimer c’est redonner la vie, compenser l’insuffisance d’un organe défaillant par des techniques médicales compliquées qui demandent beaucoup de compétences et de synergie entre les équipes. Jamais le nombre d’entrées en réanimation n’a été autant scruté que pendant cette crise car tout se joue là aux nombres de places près. Alors ce mot si beau fait aussi frémir car les critères de choix ne nous appartiennent plus, la « réa » comme on dit ne sera pas pour tous, elle sera de toute façon longue et difficile. Le temps peut-être de réanimer aussi les colères, les vieilles querelles politiques et de réveiller les consciences. Un mot qui de toute façon laissera des traces.

Respect : un mot qu’on susurre, un mot trop discret, un mot qui implique tant de choses. C’est le fait de se conformer aux règles comme celles du confinement ou des barrières sociales mais c’est très vite devenu surtout le témoignage de considération devant la bravoure du personnel soignant et de tous ces gens qui font encore vivre l’économie qu’ils soient postiers, livreurs, hôtesses de caisse ou éboueurs. Notre respect est fait autant d’admiration que de remerciement, leurs témoignages vibrants nous amènent les larmes aux yeux. Oh oui, ce mot comme on l’aime car il nous fait croire en l’Humain. Tenir en Respect signifie aussi tenir à distance, alors tenons en Respect le virus parce qu’on est tous solidaire, qu’on croit en la science et qu’on aura raison un jour de lui.

Mais aussi…Restez (chez vous), Risque, Respiration, Report, Restriction, Réquisition…

S comme…

Symptôme : ce sont les signes de la maladie, ceux qui permettent de la déceler et d’enclencher le processus infernal. Un mot qui s’impose, semble même nous narguer avec son petit chapeau sur le o qui le renforce et lui donne un air de supériorité. Il se présente la plupart du temps au pluriel avec sa cohorte de manifestations cliniques, fidèles accompagnatrices, toux, fièvre, maux de tête, essoufflement, perte de l’odorat. Au singulier on le prendra davantage comme le signal d’un changement, symptôme de l’amour, du désordre ou même d’une révolution à venir. Il perd alors un peu de sa superbe.

Stock : c’est la quantité de choses qu’on a en réserve. Comment un mot si petit, si simple, si concentré peut-il donner lieu à autant de polémiques ? c’est que toute la gestion de la pandémie va dépendre des prévisions antérieures, masques, respirateurs, tests, médicaments et tant d’autres biens sont dorénavant liés à lui. Inventaire, évaluation, gestion, approvisionnement, rupture, coût, on peut l’enrober de toutes les manières il ne se laisse pas apprivoiser si facilement. Même le gentil Stock de patience a parfois ses limites.

Mais aussi…Santé, Soignants, Suspect, Savon, Signes (cliniques), Statistiques, Service public, Solidarité…

T comme…

Test : un mot si court qu’on l’entend à peine, on le sent discret tout en étant rigoureux, voire pointilleux. C’est un timide qui n’a pas l’impression d’être essentiel, de lui pourtant dépendra beaucoup de choses, isolement, confinement, déconfinement même car ce procédé, le plus souvent biologique, permet de repérer l’existence ou non de l’infection. Il apporte donc une certitude dans un monde qui en manque tant.

Télétravail : un mot plutôt rigolo qui en regroupe deux autres qui ne s’aimaient pas trop autrefois. « Télé » fait penser tout de suite au poste de télévision donc aux loisirs, rien à voir donc a priori avec le sérieux « travail ». Mais télé ici veut dire éloignement, il s’agit donc du travail à distance, par opposition au travail sur site, qui devient la règle, chaque fois que c’est possible, en période de confinement. C’est même une arme essentielle de celui-ci. Le moyen de continuer l’activité de l’entreprise en préservant la santé des salariés et en limitant la propagation du virus. Ce n’est pas forcément plus simple pour le salarié qui ne retrouve pas toujours chez lui le confort de l’équipement du bureau ou de l’atelier, d’autant plus qu’il faudra faire avec le reste de la famille sur le dos et surtout les petits enfants. Le télétravail s’entoure de tous les outils de communication, téléphone, mail, messagerie instantanée, web conférence, mais la couture à domicile en fait aussi partie, ses formes sont donc beaucoup plus variées qu’on ne l’imagine.

Mais aussi …Toux, Territoire, Téléenseignement, Téléconsultation, Transparence…

U comme…

Urgence : on sent la nécessité d’agir dans la simple prononciation du « U » qui commande l’action immédiate. C’est un mot qui impose, qui ne tergiverse pas, c’est un mot qui bouscule. Service, traitement, soin, secours, transport et même Etat tout ce qui va suivre ce terme ne souffrira aucune attente. L’Urgence c’est l’exception, celle qui commande tout le reste.

Union : c’est le rassemblement face à l’ennemi qu’est ce virus invisible, c’est la lutte de tous, certains confinés d’autres en première ligne. C’est la conjonction de tous les efforts, de toutes les bonnes volontés. Pratiquée plus que proclamée, c’est la somme d’une myriade de gestes, de solidarités et de sacrifices, c’est la poursuite d’un objectif commun essentiel sans aucun oubli pour autant de nos idées propres.

Mais aussi… Urgentiste, UE, Une fois que…

V comme…

Vaccin : il commence comme « vacances » et est comme lui synonyme d’espérance et de jours meilleurs. C’est le mot qui immunise et aide à lutter contre une maladie infectieuse grâce à la formation d’anticorps spécifiques. Il fait penser à Pasteur, à des laboratoires, des tubes, des microscopes, des bras nus avec des petites cicatrices ou des lancettes en forme de plumes. C’est un mot qu’on espère, qu’on répète en s’endormant, il sera notre sauveur, on le sait et on l’attend.

Vague : on parle de déferlante, on l’attend, on fait tout pour la reculer et on la redoute car plus elle sera haute plus elle sera terrible. Sa force c’est le nombre qui ne cesse de grandir au même lieu et au même moment. C’est ce même vocabulaire qu’on utilisait pour la 1ère guerre mondiale avec ces soldats de première ligne qui partaient en masse à l’assaut des positions ennemies qu’ils essayaient de submerger sous leur nombre et la soudaineté de leur attaque. Sauf qu’ici le flux des malades remplace les soldats et la différence nous laisse un goût amer dans la bouche.

Mais aussi…Virus, Ventilation, Vulnérable, Volontaire…

W comme…

Wuhan : Wuhan, capitale de la province du Hubei en Chine centrale, avec près de onze millions d’habitants, elle est maintenant connue du monde entier pour avoir été l’épicentre de l'épidémie de coronavirus. Les premiers cas de pneumonies d’allure virale apparaissent en décembre 2019. Après une flambée en Chine en janvier-février, la situation épidémique a évolué ensuite au niveau mondial. Wuhan, un petit mot qu’on prononce comme dans un souffle sur la pointe des pieds et comme elle est la première touchée on suit, compare, , on transpose, on extrapole tout ce qui s’y passe.

X comme…

Xénophobie : un mot difficile à prononcer, un mot qui révulse avec le « x » qui barre la route et le « ph » qui suinte. C’est l’hostilité envers ce qui est étranger, un sentiment vague de mépris, de peur ou de haine pour tout ce qui vient du dehors. En période de pandémie, les frontières qu’on veut protéger de l’autre ne sont plus seulement nationales, elles sont régionales, départementales voire très locales. Un mot malsain qu’il faut combattre plus que jamais en période de confinement où on a tant besoin des autres.

Y comme…

Yaka : c’est une attitude qui consiste à prétendre détenir une solution facile à un problème, une traduction familière en fait du « il n’y a qu’à » ou de « il suffit de ». Avec son copain « Fokon » ce mot pimente bien des discours. On peut le prendre au pied de la lettre, l’ignorer ou le critiquer, la crise semble le réactiver mais elle peut aussi le mettre dangereusement à l’épreuve. Le Yaka n’est en fait qu’un arrogant, autoritaire, sachant, donneur de leçons qui cache ses propres faiblesses et qui est bien souvent, il faut le reconnaitre, un imbécile ridicule.

Z comme…

Zizanie : la prononciation du mot lui-même traduit les difficultés à venir, les brouilles, les mésententes, les disputes, les récriminations. Elles viendront bien sûr mais après la sidération,

Sylvie Baron (Prix Arverne 2017)

Souvenirs

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