Parcours d’un entrepreneur auvergnat entre tradition et modernité.
Né en 1927 à Aurillac, dans le Cantal, Robert Four grandit dans une famille issue d’une longue lignée de paysans sans terre. Héritier d’un monde rural marqué par des siècles de vie pastorale, il voit dès son enfance s’amorcer les grandes transformations du XXe siècle : industrialisation, développement du rail, exode vers les villes et essor des nouvelles technologies.
Son père, fils de cultivateur, incarne cette génération de transition. Malgré de brillantes dispositions scolaires, il doit renoncer à poursuivre ses études faute de moyens et entre très jeune dans la vie active. Mobilisé en 1914, il passe quatre années dans les tranchées, expérience dont il ne parlera jamais. À son retour, une opportunité familiale lui permet de reprendre un commerce de grains à Aurillac, assurant à sa famille une stabilité nouvelle.
Robert Four entame ses études secondaires en 1939, au moment où la France entre en guerre. Élève studieux, il obtient son baccalauréat en 1945, à la fin du conflit. Les années d’Occupation le marquent profondément : il se souvient notamment de l’entrée des troupes allemandes dans Aurillac et, plus encore, de leur départ en juillet 1944, synonyme de liberté retrouvée. À seulement 17 ans, il participe à la diffusion d’un journal clandestin, Le Cantal libre, témoignage de son engagement précoce.
Ambitieux et déterminé à tracer sa propre voie, il quitte l’Auvergne pour Paris en 1945 avec l’objectif d’intégrer HEC, tout en poursuivant une licence de droit. Hébergé dans un bistrot tenu par une parente, il découvre la vie des Auvergnats montés à la capitale, mais choisit de s’en démarquer. Passionné de rugby, il s’investit parallèlement dans la vie associative étudiante et fonde, dès 1946, une association des étudiants du Cantal, dont il devient secrétaire général.
Après ses études, il effectue son service militaire comme officier d’intendance, notamment en Algérie. Cette expérience nourrit chez lui une réflexion lucide sur les réalités géopolitiques de l’époque : il pressent dès le début des années 1950 l’inéluctabilité de l’indépendance algérienne.
C’est pourtant dans le domaine économique que Robert Four va affirmer pleinement sa personnalité. En 1952, sans expérience ni véritable capital, il se lance dans l’entrepreneuriat. Grâce à une rencontre décisive à Saint-Germain-des-Prés, il crée une entreprise de tissus d’ameublement. Audacieux et autodidacte, il explore les techniques de sérigraphie et développe des collections inspirées du design scandinave, alors peu répandu en France.
Après plusieurs années d’expérimentation, il opère un tournant stratégique majeur : il transforme des tissus imprimés en tapisseries décoratives, numérotées et signées. Le succès est rapide. Dans les années 1960, il ouvre une galerie à Paris, puis décide d’abandonner progressivement le textile traditionnel pour se consacrer entièrement à la tapisserie.
Son implantation à Aubusson, haut lieu de cet art, marque une nouvelle étape. Il y développe une production mêlant savoir-faire artisanal et création contemporaine, tout en intégrant les premières applications de l’informatique pour la prospection commerciale et la vente. Face à la concurrence internationale, il étend également son activité à l’étranger, notamment en Tunisie, où il crée un atelier de production.
Parallèlement à sa carrière, Robert Four reste profondément attaché à ses racines. Pendant près de trente ans, il mène une double vie entre Paris et la Sologne, où il acquiert une propriété agricole. Il y élève des animaux, cultive la terre et retrouve un lien direct avec ses origines paysannes.
Très impliqué dans le tissu associatif auvergnat, il joue également un rôle actif dans le développement du rugby à Paris. Il participe à la structuration de clubs et contribue notamment à une fusion décisive permettant l’accès au stade Georges Carpentier, l’un des équipements majeurs de la capitale.
Parmi ses souvenirs marquants figure une rencontre avec Georges Pompidou, alors Premier ministre, qui affirmait que « le métier le plus important demain sera celui d’artisan » — une conviction que Robert Four n’a cessé d’illustrer tout au long de sa vie.
Aujourd’hui, son entreprise, transmise à son fils, poursuit son activité. Observateur attentif des évolutions contemporaines, il s’interroge sur les mutations du monde moderne, notamment l’impact des technologies et de l’intelligence artificielle sur le travail et la société.
Le parcours de Robert Four témoigne d’une trajectoire singulière : celle d’un homme issu d’un monde rural ancestral, devenu entrepreneur innovant, capable de conjuguer tradition et modernité dans un siècle de profondes transformations.