Cabrettes et Cabrettaïres : 70 ans au service de la cabrette, de sa fabrication et de sa transmission
Le 14 novembre prochain, l’association Cabrettes et Cabrettaïres se retrouvera dans les salons de Les Pieds dans l’Herbe, à Vanves, pour célébrer 70 ans d’engagement en faveur de la cabrette, instrument emblématique du patrimoine musical auvergnat. Depuis 1956, son action s’inscrit dans une même ambition : préserver l’instrument, encourager sa fabrication, transmettre son apprentissage et donner aux jeunes générations l’envie de faire vivre cette musique.
1956 : sauver la cabrette, retrouver les instruments et transmettre le savoir
Entre 1942 et 1956, celles et ceux qui souhaitaient apprendre à jouer de la cabrette se posaient deux questions : où trouver un instrument ? Où trouver un professeur ?
La situation était préoccupante. Les professeurs manquaient et il était difficile, sinon impossible, de se procurer une cabrette. La plupart des grands fabricants, tels que Dufayet, Costeroste ou Amadieu, avaient disparu, et rares étaient les artisans qui continuaient à en confectionner.
La cabrette se trouvait dans l’impasse. Sans instruments disponibles, sans enseignement organisé et sans renouvellement des pratiquants, c’était tout un pan du patrimoine musical auvergnat qui risquait de s’effacer.
Pour sortir l’instrument de cette situation, Jacques Berthier eut l’idée de créer une amicale de cabrettaïres. Fondée en 1956, l’association Cabrettes et Cabrettaïres allait contribuer à défendre cet héritage et à réunir les passionnés autour d’un objectif commun : permettre à la cabrette de continuer à vivre.
Car sauvegarder un instrument traditionnel suppose d’agir sur plusieurs fronts. Il faut préserver son répertoire, transmettre les techniques de jeu, mais aussi maintenir les connaissances nécessaires à sa fabrication et à son entretien. Sans artisans capables de façonner les instruments, l’apprentissage lui-même devient difficile.
La fabrication : un savoir-faire indispensable à la survie de l’instrument
La cabrette ne se résume pas à ses sonorités. Elle est aussi le fruit d’un savoir-faire artisanal, d’une connaissance des matériaux et d’une recherche minutieuse de justesse, de qualité sonore et de confort de jeu.
Sa fabrication demande une maîtrise technique particulière. Chaque élément contribue au fonctionnement de l’instrument, à son timbre et à ses possibilités musicales. La qualité de sa conception et de sa réalisation est essentielle, aussi bien pour le musicien confirmé que pour le débutant qui découvre ses premières mélodies.
La disparition des grands fabricants, au milieu du XXe siècle, a montré combien cet artisanat pouvait être fragile. La préservation de la cabrette passe donc également par la connaissance des instruments anciens, la conservation des savoir-faire et l’encouragement de celles et ceux qui poursuivent ou reprennent ce travail de fabrication.
Préserver la cabrette, c’est aussi préserver la capacité de la fabriquer. Cet enjeu est indissociable de celui de l’enseignement : pour attirer de nouveaux musiciens, et notamment des jeunes, il faut qu’ils puissent accéder à des instruments adaptés, les entretenir et les faire évoluer avec leur pratique.
La fabrication et la restauration contribuent ainsi à assurer la continuité matérielle de cet instrument traditionnel, tandis que l’apprentissage en garantit la continuité musicale.
Sept présidents, une même volonté de faire vivre la cabrette
Depuis sa fondation, sept présidents se sont succédé à la tête de l’association, assurant la continuité de son engagement :
- Jacques Berthier, de 1956 à 1960 ;
- Georges Soule, de 1961 à 1979 ;
- Marcel Marginier, de 1980 à 1984 ;
- Guy Letur, de 1985 à 2005 ;
- Victor Laroussinie, de 2006 à 2015 ;
- Olivier Rouvellat, en 2016 ;
- Yannick Rousseau, depuis 2017.
De son premier président à l’équipe actuelle, chacun a contribué, à son époque, à faire perdurer cette aventure collective. Cette succession témoigne de la mobilisation de plusieurs générations autour d’une même passion et d’une volonté constante de défendre la cabrette, dans toutes ses dimensions : instrumentale, artisanale et musicale.
Enseigner aux jeunes pour préparer l’avenir
L’avenir de la cabrette se construit aussi auprès des enfants et des jeunes qui découvrent aujourd’hui cet instrument. Leur permettre d’apprendre à en jouer, de progresser et de prendre plaisir à interpréter le répertoire traditionnel est une condition essentielle à la pérennité de cette musique.
L’enseignement ne se limite pas à l’apprentissage des doigtés ou de la maîtrise du jeu. Il permet aux élèves d'entrer dans un univers culturel fait de mélodies traditionnelles, de rythmes de danse, d’écoute et de convivialité.
Au fil des leçons et de la pratique, les jeunes musiciens découvrent une histoire, des styles et des traditions qu’ils pourront à leur tour transmettre. Ils deviennent progressivement les nouveaux acteurs d’un patrimoine vivant, capable de se renouveler sans perdre ses racines.
Cette démarche suppose également de rendre l’instrument accessible. La disponibilité des cabrettes, leur entretien et la possibilité de se procurer des instruments constituent des enjeux importants pour les familles et les nouveaux pratiquants.
Ainsi, la fabrication, l’enseignement et la pratique forment un ensemble indissociable : les artisans rendent les instruments disponibles, les enseignants transmettent les techniques et les jeunes musiciens assurent la relève.
Chaque nouvel élève, chaque instrument fabriqué ou restauré et chaque mélodie transmise contribuent à prolonger cette histoire.
Un patrimoine vivant, entre tradition et avenir
Bien plus qu’un instrument de musique, la cabrette porte une part de l’identité culturelle auvergnate. Ses sonorités évoquent les fêtes populaires, les bals et les moments de partage qui ont façonné son histoire, notamment au sein des communautés auvergnates de Paris.
Faire vivre cet héritage aujourd’hui demande de réunir toutes les énergies : musiciens, enseignants, facteurs d’instruments, élèves et passionnés. Chacun, par ses compétences et son engagement, contribue à maintenir la cabrette dans la vie culturelle contemporaine.
La sauvegarde du patrimoine ne consiste pas seulement à regarder vers le passé. Elle implique de préserver les savoir-faire, de favoriser la création et la restauration des instruments, d’encourager l’apprentissage et de susciter de nouvelles vocations.
C’est dans cette complémentarité que réside la force d’une tradition vivante : conserver ce qui a été transmis tout en donnant aux générations futures les moyens de poursuivre l’aventure.
70 ans d’histoire, et les prochaines générations à former
La rencontre du 14 novembre sera l’occasion de revenir sur le parcours de Cabrettes et Cabrettaïres et de saluer toutes celles et ceux qui ont contribué à son histoire depuis 1956.
Soixante-dix ans après l’initiative de Jacques Berthier, les enjeux restent étroitement liés : préserver l’instrument, maintenir les savoir-faire de fabrication, transmettre la musique et permettre aux jeunes de s’approprier ce patrimoine.
La meilleure façon de célébrer ces 70 années est de préparer celles qui viennent : des artisans capables de fabriquer et de restaurer les cabrettes, des enseignants pour former de nouveaux musiciens et des jeunes générations prêtes à faire résonner cet instrument.
Depuis 1956, Cabrettes et Cabrettaïres poursuit ainsi une ambition essentielle : faire en sorte que la cabrette ne soit pas seulement un témoin du passé auvergnat, mais un instrument vivant, fabriqué, enseigné et joué encore longtemps.



















